Laure Dellamonica, Marc Grandadam, Srey Chan THAN, Yves
Buisson
Institut
Pasteur du Cambodge
Le virus de l’hépatite E (VHE) est l’agent des hépatites virales non A, non
B transmises par voie féco-orale. Ce sont des hépatites aiguës survenant de façon
sporadique ou épidémique, notamment parmi les populations d’Asie, d’Afrique et
d’Amérique Latine qui ne disposent pas d'eau potable. La maladie n’évolue pas
vers la chronicité mais elle peut être mortelle, surtout chez les femmes
enceintes en fin de grossesse. Le séquençage complet ou partiel du VHE permet
de distinguer différents génotypes dont la répartition mondiale apparaît de
plus en plus hétérogène. Différentes études concluent à l'existence d'un
réservoir animal du VHE, les porcs hébergeant des souches de génotype similaire
à celui des souches humaines dans une même région.
Au Cambodge, une étude préliminaire de séroprévalence a été réalisée en
2000 sur trois échantillons de patients: (i) augmentation des ALAT >100
UI/L, (ii) demande de sérologie de l'hépatite A, (iii) femmes enceintes de 16 à
40 ans en bonne santé. La séroprévalence des anti-VHE était respectivement de
12,9%, 9% et 6% dans ces 3 groupes, démontrant pour la première fois la
circulation du VHE au Cambodge et son rôle dans certaines hépatites aiguës.
Un dépistage sérologique de l'infection par le VHE a été mis en place en
2001: sur 120 patients présentant un ictère et/ou une cytolyse hépatique, 17
(14%) étaient anti-VHE positifs et 4 sur 38 testés (10,5%) avaient des anti-VHE
de classe IgM. Une technique d'amplification par RT-nested PCR dirigée vers 2
régions indépendantes du génome (ORF1 et ORF2) a été appliquée sur le sérum de
35 patients. L'ARN du VHE a été détecté dans le sérum d’un homme sidéen (CD4+ =
6 /mm3), âgé de 32 ans.
Plus de la moitié des familles élèvent au moins un porc au Cambodge.
L'existence d'un réservoir porcin a été recherchée par sérologie et PCR dans
les selles sur un échantillonnage de 100 porcs provenant de 9 élevages
distincts: 37% possédaient des anti-VHE et 12/28 porcs testés (42,9%)
excrétaient le virus dans les selles. Pour évaluer le risque potentiel de
transmission du porc à l’homme, une sérologie anti-VHE a été effectuée chez 77
paysans, 26 employés des abattoirs et 100 témoins non exposés: les taux de
prévalence étaient respectivement de 6/77 (7,8%), 3/26 (11,5%) et 1/11 (10%).
Cette étude sera complétée par le séquençage des
amplicons obtenus chez des patients atteints d'hépatite aiguë et chez les
porcs: une séquence de 499 pb de la région ORF1 codant pour la polymérase et
une séquence de 185 pb située à l'extrémité 3' de l'ORF2.
Seule l’analyse phylogénique de ces différents isolats de VHE permettra
d'affirmer ou d'infirmer le rôle de la transmission interspécifique du porc à
l'homme dans l'épidémiologie de l'hépatite E au Cambodge.